"Un article publié dans le Monde du 5 avril a attiré
mon attention par le constat fait par la
journaliste Marie Charrel. Dans sa chronique intitulée « un inquiétant
fossé entre filles et garçons », elle affirme qu'un fossé grandissant et
très rapide se creuse entre les aspirations des jeunes femmes du monde entier
et les jeunes hommes de la même tranche d'âge (18 à 34 ans). Depuis une sizaine
d'années, les jeunes femmes partagent des valeurs progressistes. Ce sont des
idées humanistes qui les font vibrer et se battre.
Le mouvement #MeToo est
passé par là et une véritable dynamique est lancée dans des mondes tels que la
culture, la médecine ou la littérature en France... Les femmes se lèvent et
dénoncent fort, ensemble. Elles ont ainsi acquis une force qui à ce jour n'a
pas faibli.
Dernier
exemple récent : à Paris une soixantaine de Comedy Clubs et de théâtres ont
signé une charte antisexiste destinée à "prévenir toute forme de violences
et harcèlements sexistes et sexuels avant, pendant et après les
représentations". Ce milieu très masculin vient de connaître un
scandale avec la dénonciation d'un artiste accusé de viols et agressions sur
des femmes. Cette charte est à l'initiative d'une femme, Jessie Varin, patronne
de la nouvelle Seine. Ce nouveau #MeToo stand UP s'ajoute à toutes ces alertes
qui se succèdent. Et avec elle, l'image d'un monde prédateur jusqu'à à la
racine touche des personnalites de tous les horizons politiques. Le patriarcat
est un fléau qui polluent jusqu'à la moelle des os. Je veux dire par là que la
prise de conscience ne suffit pas. Une déconstruction totale de toutes les
facettes de la société est nécessaire pour comprendre et réagir, la notion de
pouvoir et de domination étant essentielle dans le processus patriarcal.
Les jeunes
femmes, plus éduquées, prennent de plus
en plus conscience des injustices dont elles sont victimes, particulièrement
les violences sexistes, familiales ou conjugales. Et puis ras le bol des
injustices qui reculent trop lentement.
Les signaux sont au rouge : en France, elles demandent le divorce
dans 75 % des cas, 45 % des mariages se
finissent par un divorce. Elles gèrent seules l'éducation de leurs enfants dans
un quart des cas.
Le patriarcat a un prix, et nous en
payons toutes et tous, l’État y compris, les pots cassés. C’est en tout cas ce
qu’explique l’historienne française Lucile Peytavin, dont l’essai
éclairant Le
coût de la virilité paraît en librairie ce vendredi 5
mars aux éditions Anne Carrière. Aujourd’hui, les hommes représentent 96,3% de
la population carcérale et 90% des personnes condamnées par la justice. Ils
sont responsables de 99% des viols, 97% des violences sexuelles, 95% des vols
de véhicules, mais aussi 99% des incendies volontaires ou encore 89,5% des
destructions et dégradations.
Et on comprend que les hommes ont un
bouleversement profond à envisager car leur fonctionnement est à revoir vis à
vis des femmes mais aussi vis à vis d'eux mêmes : qu'est-ce que j' ai envie de
vivre avec les femmes, quelles sont mes motivations... pour quelsbénéfices secondaires ?
Avec un tel challenge, y a de quoi réfléchir. Quel est donc l'impact sur
les hommes de #MeToo ?
Et bien,
le constat est violent et catégorique. L'étude faite par Marie Charrel prouve
que les jeunes hommes n'ont tout simplement pas envie que ça change. Le statut
de mâle violent et dominateur leur va très bien. Les inégalités de genre tels
que les différences de salaires, de retraite, la charge mentale
des femmes ne les concernent tout simplement pas. La violence à leur égard est
une composante logique du pouvoir. Ils ne veulent pas voir que cette tyrannie
les transforme en monstres et que les dégâts collatéraux sur la société, leur
famille, notamment leurs enfants sont gravissimes. Ou plutôt si ils font le
constat, ils ne se sentent pas responsables. Ou c'est très vite la faute des
femmes.
On pointe ainsi un comportement masculin
qui se résume à trois objectifs : pouvoir, sexe et argent. Par exemple, les
« incels », jeunes hommes, célibataires involontaires, attribuent aux
femmes leur solitude subie et s'insurgent contre toutes les femmes jusqu'au
meurtre. Ils appartiennent à cette catégorie des masculinistes qui est prête à tout pour
lutter contre les femmes, en utilisant massivement les réseaux sociaux pour
défouler leur haine sans limite des femmes. Tous ces mouvements masculinistes
font la part belle aux idées d'extrême droite qui cultivent l'image virile des
hommes et la nécessité de faire taire les femmes qui doivent leur obéir, qui
doivent être dominées. D'ailleurs, ce sont souvent les mêmes qui se laissent
enrôler dans ces partis aux idées rétrogrades, davantage les jeunes que les
plus âgés. En résumé, les jeunes hommes ne veulent pas changer.
Les leaders blancs, riches, hommes
particulièrement virulents et leurs puissance financières sont des dangers vu
leurs proximité avec des leaders politiques actuels tels que Trump, Poutine, Xi
Pung ou Javier Milei....ou des influenceurs tels que Andrex Tate.La religion prend aussi beaucoup de place
dans la vie quotidienne : elle promeut des mythes et traditions plus
misogynes les unes que les autres. Son influence semble prendre plus
d'importance et les jeunes femmes ne se rendent pas compte à quel point elles
se font piéger au nom d'un dieu qui est avant tout là pour défendre les hommes
et les livrer corps et âmes au pouvoir masculin.
Nous allons faire une pause musicale
avec NACH qui chante « peau neuve »
Ce qui est
aussi consternant est le côté international de ce constat : les
statistiques consultées par Marie donnent ces mêmes indicateurs dans les pays
anglo-saxons mais aussi en Corée du Sud, dans des pays européens tels que la
France, l'Allemagne ou encore le Portugal. La Tunisie comme la Chine sont aussi
concernées par ce phénomène qui n'existait pas il y a seulement six ans.
Quand on analyse ce qu'est le
patriarcat et qu'on se rend compte à quel point il imprègne la vie quotidienne,
on se rend compte que la tâche est immense, qu'elle concerne tous, absolument
tous ses aspects : prendre le nom de son mari, c'est quasiment toujours l'homme
qui conduit la voiture, il marche devant, qu'il choisit les tâches qu'il veut
faire, laissent les autres à sa femme, il lui coupe la parole et elle se laisse
couper la parole, elle fait le café quand elle est en réunion avec les hommes,
elle achète un pistolet en plastique à son fils, etc. Et elle fait tout cela
sans y penser, parce que c'est habituel, que ça ne lui pose pas forcément
problème. Pourtant avec l'accumulation, ça devient indigeste dans un premier
temps, insupportable au bout du compte.
Parmi ces
jeunes gens, nous trouvons un spécimen qui représente bien cette catégorie. Il
a 38 ans et est premier ministre français. Gabriel Attal s'illustre en ce
moment sur la qualité de ses solutions pour lutter contre la "violences
des jeunes".
Manifestement, il ne se sent pas concerné personnellement.
Ni par la violence, ni par la jeunesse. La politique de son gouvernement tutoie
de plus en plus les idées du parti d'extrême droite qui sont d'emblée violentes
et inefficaces comme le montre l'histoire du début du Xx ème siècle avec ses
corrections physiques, les bagnes pour enfants et autres privations
physiques...
Il prône la violence pour lutter
contre la violence. Pire, il reprend les vieux schémas sexistes. Je relis les
mots de Hélène Devynck, journaliste, qui écrit dans Libération du 24 avril
dernier dans son article très explicite : "Gabriel Attal, on ne lutte pas
contre la violence des enfants par la virilité toxique" :"En bon
élève de la virilité dominatrice, Gabriel Attal aligne tous les poncifs du
genre : répondre à la violence par une plus grande violence, comme si
l'Etat était si faible qu'il devait prouver sa force et montrer ses muscles en
singeant une puissance guerrière. Il décline les invariants du contrôle
coercitif : isoler, humilier et punir. Ce discours a été prononcé à la
suite de la mort tragique de Shemseddine, tué à 15 ans par des jeunes du même
âge ou à peu près. A l'origine de la violence, c'est la sexualité d'une
adolescente qui était en jeu. Comme dans de nombreuses affaires, la violence se
déchaîne autour de la réputation des femmes, de l'accés des hommes à leur
coprs. Et si la lutte contre la violence passait par la luttre contre la
virilité plutôt qu'une surenchère d'autorité stérile ? » Il
applique à la lettre les idées conservatrices qui font tellement mal aux
femmes. Il réagit comme ses semblables.
C' est
terrifiant. Comment faire. Une première chose, ne pas baisser les bras : sinon
on est déjà battu. Et en avoir conscience est une étape importante.
Un élément
me paraît important dans le tableau dressée par la journaliste Marie Charrel,
c'est l'importance de l'éducation dans ces statistiques : plus les jeunes
garçons sont peu ou pas éduqués, plus ils sont réactionnaires. Plus les jeunes
femmes sont éduquées, plus elles ont conscience de ce qui se passent en ce
moment et sont motivées. L'information et l'éducation restent donc des leviers
majeurs.
Le paramètre qui fait peur dans l'ambiance
mondiale actuelle, c'est la rapidité d'évolution de tous ces phénomènes et le
côté irrationnel des idées folles et mortifères qui se répandent...
J'ai lu un article qui m'a beaucoup
intéressée, le micro féminisme. Ce sera ma prochaine tribune. C'est une piste à
explorer, à la portée de toutes, une piste parmi toutes celles que nous
connaissons déjà. Alors à bientôt.... et FEMINISTES puisqu'il le
faudra !!!!!
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