Gabrielle PETIT - née MATHIEU (1860 - 1952) féministe, militante anticléricale, anti militariste et anarchiste infatigable.

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« On peut encore m’emprisonner et même me tuer, me mater, jamais ! »


Gabrielle PETIT - née MATHIEU (1860 - 1952)

est une féministe, une militante anticléricale, une anti militariste et anarchiste infatigable. Indépendante de tout parti politique, elle collabore avec des syndicalistes et des militants de la Libre pensée. Elle fonde le journal La Femme affranchie où elle dénonce la prostitution. Conférencière reconnue et admirée en son temps, elle a été presque totalement oubliée par l'histoire.

Dans ses conférences, elle parle de l'émancipation des femmes, du contrôle des naissances, des méfaits du militarisme.

Elle soutient activement les grèves éclatant dans des secteurs où domine la main-d’œuvre féminine, incitant les ouvrières à se syndiquer, tout en appelant les soldats à ne pas servir de force de répression.

C'est d’ailleurs pour propagande antimilitariste qu'elle va être condamnée à deux reprises.

Gabrielle Petit naît en 1860, dans le Cantal, dans une famille de meuniers.

Elle travaille dès l’âge de 8 ans, participe aux travaux agricoles, garde également les chèvres.

Elle ne va pas à l’école et c'est au sein de sa famille qu'elle apprend à lire et à écrire, avant de poursuivre sa formation en autodidacte.

Elle explique lors de son premier procès : « Jusqu’à 20 ans, je n’ai eu d’autre professeur que la nature, les champs, les prés, la forêt pour bibliothèque, le livre de la vie, le plus complet et le plus nouveau car il a une page nouvelle chaque jour ».

Ceci ne l’empêche pas de développer une éloquence innée, qui la fera devenir l’une des oratrices révolutionnaires françaises les plus renommées du début du XXe siècle.

Ne pouvant rester indifférente devant la souffrance, elle dit plus tard, lors d’un de ses procès, « vers l’âge de 10 ans, sans rien dire à personne j’allais déjà porter du pain, des châtaignes, des pommes de terre et une grosse bûche pour se chauffer aux vieilles grands-mères et aux vieux grands-pères, comme il y en avait des gros tas dans notre maison, mon larcin ne se voyait pas ».

À 14 ans, elle connaît son premier démêlé avec la justice pour avoir jeté des pierres sur un train en marche. Elle est condamnée à une amende.

On sait peu de choses des débuts de sa vie d'adulte, sinon qu'elle émigre en Amérique, se marie et a un fils avant de se séparer du père. Elle ne revient en France qu’à l’âge de 32 ans, où elle élève seule son fils. Elle est gérante d’un magasin de chaussures.

En 1897, alors qu’elle est âgée de 37 ans et son fils de 11, elle s'engage dans la défense et l’assistance aux femmes et aux enfants.

Déçue par la SFIO, la section française de l'Internationale ouvrière, elle est convaincue par le féminisme de Marguerite Durand qu’elle rencontre et collabore au journal La Fronde. Elle fonde en août 1904, le journal « La femme affranchie » définit ainsi:

«« La femme affranchie » est l’organe du féminisme ouvrier socialiste et libre-penseur, tribune libre pour toutes les protestataires ».

Elle dirige le journal jusqu'en 1913 puis durant les années 1930.

Parmi les nombreux thèmes développés, « La Femme affranchie » consacre quantité d'articles à la dénonciation de la prostitution, à celle de la police française qui a le droit d’interpeler sans mandat les prostituées. Le journal estime à « dix mille » le nombre de prostituées ou prétendues telles, emprisonnées pour n’avoir « commis d’autres crimes que d’être pauvres ». Elle prône aussi la limitation des naissances,

Le combat de Gabrielle Petit porte en effet en premier lieu sur la situation des femmes du peuple.​  

Mais Gabrielle Petit est avant tout une conférencière. Son activité de propagandiste s’exerce surtout à travers ses conférences sur l’exploitation des femmes qu’elle enchaîne dans toute la France.

Elle est décrite comme :

 « C’est une personne âgée d’une quarantaine d’années, de taille moyenne, de forte corpulence […] toute de noir vêtue, avec à la ceinture une inséparable sacoche en cuir rouge et c’est une femme douée d’un certain talent de parole ».​  

Et F. Bernard, lors d’un meeting féministe organisé en 1912, par des institutrices dit :

« La véritable, la seule oratrice de ce meeting fut Gabrielle Petit. D’une verve intarissable, d’une élocution impeccable, d’une éloquence familière et prenante, elle sut tour à tour amuser, émouvoir et enthousiasmer l’auditoire. »

Elle va donner dans sa vie plus de 2 000 conférences entre 1904 et 1910 dans 45 départements. Elles ont pour thèmes principaux l’émancipation des femmes, la libre-pensée, l'antimilitarisme et le syndicalisme, la dénonciation de l’alcool et du tabac...

C’est au cours de l’une d’elles qu’elle rencontre Julia Bertrand, qui l’amène vers les thèses libertaires.

Tout en gardant un domicile à Paris, elle s’établit dans les Vosges.

 

MATHILDE · A la gloire des femmes en deuil 



Procès pour antimilitarisme - Gabrielle Petit « ennemie publique »

En juillet 1907, dès le début de la grève des chaussonniers des usines, près de Raon-l’Étape, elle encourage les grévistes à la résistance.

Son soutien inconditionnel aux grévistes ne passe pas inaperçu et c’est à partir de ce moment-là qu’elle est étroitement surveillée par la police.

Le 1er août 1907, elle est arrêtée sans explication à Granges, dans les Vosges, et conduite en prison. À son procès, on lui reproche d’avoir tenu des propos antimilitaristes au cours d’une conférence et d’avoir, dans un train, provoqué des militaires à la désobéissance et au vol des armes.

Elle est condamnée à Nancy, le 21 novembre, par la cour d’assises, à six mois de prison pour provocation de militaires à la désobéissance.

Devenue une personne « dangereuse », elle est dorénavant accompagnée dans tous ses déplacements par un commissaire de police ou un gendarme. Mais cette restriction à sa liberté ne l’empêche pas de continuer à sillonner la France, courant de conférences (elle en fait parfois 3 par jour) en soutiens aux grévistes.

En 1908, Gabrielle est de nouveau arrêtée le 2 août, tandis qu’elle soutient les grévistes des soieries de Besançon, au prétexte, une fois encore qu’elle fait de la propagande antimilitariste. Elle est devenue « une femme à abattre », et est inculpée lors de son procès particulièrement retors et Gabrielle Petit doit se défendre d’être une « fauteuse de troubles » et d’être venue à Besançon « dans le but de surexciter par ses conférences révolutionnaires l’état d’esprit de la population ouvrière ». et elle est condamnée à 3 mois d’emprisonnement. Elle est la seule manifestante emprisonnée. Marguerite Durand la soutient pendant son procès, et lui fournit un avocat. 

Elle est libérée le 13 novembre 1908. Infatigable, elle tient une conférence dès le lendemain de sa sortie de prison. Le Socialiste comtois du 22 novembre précise que « les dames y étaient très nombreuses ». Il publie également les remerciements que Gabrielle Petit adresse au journal. Elle s’y définit comme :

« Je suis la terreur des bourgeois, des fainéants et des exploiteurs [ainsi que des] politiciens professionnels et des Jaunes ».​ 

Elle publie aussi un texte : « Les leçons d’une grève ». Elle revient sur son leitmotiv : l’ignorance des femmes est un « fléau social ». Ce qui permet une exploitation salariale pire que celle imposée aux hommes, et la manipulation de leur parole.

De plus en plus antimilitariste


Au début de l’année 1913, Gabrielle Petit et Julia Bertrand, sentant monter la menace de la guerre, rédigent un numéro spécial, tandis que la voix des nationalistes se fait de plus en plus véhémente et violente contre les pacifistes.

Elle participe aussi à la campagne contre la loi portant la durée du service militaire à trois ans.

On ne sait rien de ce qui advient de Gabrielle durant la guerre. Toujours est-il qu’on la retrouve dans les années 1920, alors que le gouvernement ne parle que de « repeupler le pays » et qu’une loi aggrave les peines des femmes ayant subi un avortement et celles qui exercent l’activité d’avorteuse. Un nouveau combat pour l’infatigable Gabrielle Petit.

 En 1927, tandis qu’elle séjourne successivement dans les Vosges, le Lot, la Charente, elle est toujours inscrite au carnet B et flanquée d’un gardien de la paix. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à sillonner le pays, reprenant ses conférences en faveur du pacifisme et du droit de vote pour les femmes, même si, en tant que sympathisante libertaire, elle considère que ce combat a ses limites et dénonce les tares du parlementarisme. En effet, pour elle :

« Être anti votant n’est pas en contradiction avec la revendication du suffrage féminin. Pour s’abstenir et manifester, par ce moyen, sa condamnation du comportement des politiciens, faut-il encore avoir le droit de voter ! »

Au début des années 1930, elle participe à la communauté libertaire L’Intégrale, dans le Lot-et-Garonne, animée par le « socialiste anarchisant » Victor Coissac.

Malgré son âge avancé, 73 ans, elle s'active beaucoup, surtout à l'imprimerie et elle fait reparaître La Femme affranchie.

On ne compte pas tous les endroits où elle s’est rendue pour faire partager ses convictions et ceci pratiquement jusqu’à la fin de sa vie en 1952, à l’âge de 92 ans

En CONCLUSION

L’indomptable Gabrielle Petit, une femme affranchie, est comme tant d’autres féministes de son époque plus ou moins proche des idées libertaires, son nom est presque inconnu aujourd’hui. Et pour cause, il ne nous reste d’elle que ses articles parus dans la revue La Femme affranchie qu’elle dirigea, ainsi que ses témoignages lors de ses deux procès pour « agitatrice ».

Sa biographe Madeleine Laude écrit :
« Conférencière admirée et reconnue, Gabrielle Petit ne mâchait pas ses mots. Le pouvoir a tenté de la faire taire en l’incarcérant en 1907 à Nancy pour délit d’opinion puis en 1908 à Besançon. Ces deux emprisonnements n‘ont pas réussi à la « mater », comme elle disait. Pas plus que le fait d’être inscrite dans plusieurs départements sur le Carnet B, qui recensait les « personnes dangereuses ». Pendant des dizaines d’années, elle va continuer allègrement à parcourir la France pour soutenir des grévistes, créer des associations et donner de nombreuses conférences. »

Avant de laisser le mot de la fin à notre Gabrielle Petit du jour qui a écrit un livre : Les conseils d’une mère à son fils publié en 1904 je tiens à vous parler d’une homonyme, une héroïne : Gabrielle Petit, de son nom complet Gabrielle Aline Eugénie Marie Ghislaine Petit, née le 20 février 1893 à Tournai et morte fusillée le 1er avril 1916 à Schaerbeek, est une infirmière et résistante belge qui a fait de l'espionnage pour le compte des Alliés au cours de la Première Guerre mondiale.

Un extrait du livre : Les conseils d’une mère à son fils :

« C’est à toi, mon cher fils, que je veux dédier cette petite brochure …non seulement pour te préserver de toute maladie, mais pour te recommander surtout de ne jamais abuser de la confiance d’une jeune fille, et pas davantage de la misère d’une autre. Quand tu rencontres, une de ces malheureuses que la société actuelle place au-dessous des animaux – car les chiennes n’ont ni prison, ni police – Garde toi bien de l’insulter. Si tu en vois des maltraitées, défend-les …..Le docteur Fournier rappelle aux jeunes gens qu’un moment de faiblesse suffit pour leur faire gagner une terrible maladie qui durera toute leur vie ; moi, je te dis : souviens-toi qu’il ne faut pas plus longtemps pour briser à jamais l’avenir d’une jeune fille, la rendre mère, et jeter dans la vie, sans réflexion, un enfant qui n’aura pas de berceau à son arrivée, et qui d’avance, sera peut-être condamné à mourir de misère avec sa pauvre maman.

Sache bien, mon fils, qu’apprendre de toi pareil lâcheté me serait un chagrin beaucoup plus grand que de te savoir malade. »

 Mama Béa Tekielski - Les anarchistes




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