Tribune libre : La Gestation pour autrui, ses dérives....pouvait-il en être autrement ?

 La  Gestation pour autrui, ses dérives....pouvait-il en être autrement ?  

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            La Gestation Pour Autrui, ou GPA, est un marché maintenant bien implanté dans le paysage des techniques de reproduction au niveau international. Je vous rappelle qu'il s'agit pour un couple ou une personne ne pouvant avoir d'enfant  de s'adresser à une « mère porteuse »  via une structure intermédiaire, qui portera un enfant jusqu'à sa naissance et lui remettra de manière définitive. Cet enfant peut avoir un lien génétique ou pas, complet ou partiel, avec le couple « d'intention ». L'embryon est issu d'une Fécondation In Vitro ou d'une insémination.

            Cette méthode a maintenant une trentaine d'années et est en pleine expansion. Elle a toujours soulevé beaucoup d'interrogations et d'inquiétudes sur le plan éthique. Et les conséquences constatées aujourd'hui confirment sa dangerosité. Pouvait-il en être autrement ?

            La GPA est interdite en France. En 1989, la Cour de cassation s'appuie sur l'article 1128 du Code Civil qui indique que : « il n'y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent faire l'objet de conventions. » La loi de 1994 qui complète le code civil par l'article 16-7 : « toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d'autrui est nulle ».

            Plus encore, la GPA est considérée comme un délit et le code pénal stipule : « le fait de provoquer soit dans un but lucratif, soit par don, promesse, menace ou abus d'autorité, les parents ou l'un d'entre eux à abandonner un enfant né ou à naître est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 € d'amendes. » mais aussi : «  le fait dans un but lucratif, de s'entremettre entre une personne désireuse d'adopter un enfant et un parent désireux d'abandonner son enfant né ou à naître est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende. » ainsi que le fait de jouer les intermédiaires de manière régulière. Ceci dit, la législation évolue vers l'établissement d'une filiation pour les enfants nés, notamment suite à la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l'Homme en 2014.

            Ces articles résument bien, à mon avis, le cadre dans lequel cette technique doit être envisagée et les actualités confirment les dérives dans de nombreux cas.

            Au tout début, je me souviens, on parlait de générosité, ces femmes qui étaient prêtes à porter l'enfant de leur sœur ou amie stérile et qui le faisaient gratuitement.  Mais la GPA ne peut pas être éthique car les conséquences pour la mère porteuse comme pour l'enfant sont trop graves. Très vite, les relations entre adultes peuvent évoluer. L'expérience a montré que le côté mercantile, les revendications en terme de « droit à l'enfant » ont surgi et « parasité » le débat, occultant très fort la situation des femmes « mères porteuses » et le futur développement de ces bébés ainsi instrumentalisés. En effet, il s'agit d'une démarche capitaliste, avec transaction financière, la loi de l'offre et la demande  jouant à plein. La demande est là : tous ces couples en mal d'enfants, personnes seules ou homosexuelles sont parfois prêtes à payer cher pour réaliser leur rêve. En face, des femmes issues de milieux où le manque d'argent est un problème majeur. Elles sont prêtes à beaucoup pour pouvoir améliorer le quotidien de leur famille (étude des enfants, achat d'un taxi pour le père ou une maison....) La transaction est déséquilibrée entre les parents commanditaires qui paient et la mère porteuse, dont le statut est inférieur. Sa situation de femme enceinte fragilise son rapport de force avec les commanditaires et la notion de consentement perd toute sa valeur. Par exemple, ceux-ci se permettent de forcer la mère porteuse à avorter en cas de grossesses multiples. Ils veulent un seul enfant en bonne santé et un garçon (dans la majorité des cas) et la mère, sous contrat, doit se plier à leurs exigences (pas de tabac, pas d'alcool, pas de relations sexuelles, limitations des sorties, choix du lieu d'accouchement qui peut être dans un autre pays, contraintes alimentaires.....) On peut parler d'eugénisme.....

            Mais que sait-on de ces enfants nés par GPA ? Un livre «  les marchés de la maternités » chez Odile Jacob aborde cette question : on constate  « Les pathologies où les problèmes de santé sont le plus souvent liés au mode de conception par PMA et aux complications obstétricales fréquentes observées chez les femmes ainsi traitées. Chez les mères porteuses, ces complications sont accrues par le don d'ovocytes qui crée une stimulation artificielle de l'utérus, le stress particulier engendré par ces grossesses et le faible investissement du fœtus par la mère. On constate ainsi que le taux de prématurité peut atteindre 11 % soit le double du taux habituel, voire beaucoup plus élevé du fait du plus grand nombre de grossesses gémellaires en GPA : on implante plusieurs ovules pour en avoir au moins un et on intervient par la suite pour supprimer des ovules en trop ou malformés. La prématurité peut laisser des séquelles variables ; la mortalité des jumeaux est multipliée par trois. Les bébés ayant un petit poids sont nombreux ». Ces informations concernent le début de la vie de ces enfants mais comment vont-ils grandir ? Comment vont-ils recevoir l'histoire de leur conception ? Beaucoup d'inconnus, beaucoup trop d'incertitudes qui émergent d'un socle de faits déjà très douteux.

            Par exemple, les pays qui proposent la GPA sont en majorité pauvres : Ukraine, Russie, Laos, Géorgie ou encore Moldavie. Le fait est de transformer une naissance en opération financière dont les conséquences sont particulièrement lourdes : la femme riche « achète » un enfant, la femme pauvre « abandonne » l'enfant qu'elle a porté dans son corps, ce qui est d'une violence inouïe. Cet enfant devient un sujet de négociations, de transactions : à qui va-t-il ressembler ? Si il naît, porteur d'une maladie, que va-t-il se passer ? Et si l'enfant ne « plaît » pas aux parents d'intention qui le refusent ? La femme pauvre utilise son corps à des fins financiers pendant la grossesse. Il y a dans cette histoire un  profond déni de respect de la personne humaine tant pour la mère porteuse que de l'enfant à naître. On parle d' « indisponibilité du corps de la femme » c'est-à-dire que pendant une grossesse, la femme est complètement absorbée par cet événement : mentalement, biologiquement, physiologiquement, économiquement, etc. et la GPA devient une violence puisque ce sont pour des raisons financières que la femme est ainsi polarisée, ce qui est contraire aux droits humains. Pendant la grossesse, des échanges permanents mère/enfant sont au-delà d'une simple utilisation du corps d'une femme pendant un emploi quelconque.

            Une étude publiée par le CREDOC en décembre 2025 en France révèle que l'opinion demeure divisée : 58 % d'avis favorables à la GPA et 42 % contre mais évolue vers plus d'acceptation. Personnellement, j'ai du mal à comprendre : l'actualité confirme aux quatre coins du monde à quel point la GPA n'est pas plus acceptable maintenant.

J'ai consulté le site du « centre de la reproduction »  du centre universitaire de santé MacGill au Québec ou  CUSME. Dans le chapitre « conseils thérapeutiques », « la  gestation pour autrui est un processus qui s'associe à plusieurs enjeux psychologiques, sociaux et éthiques. C'est pourquoi la mère porteuse et le ou les parents d'intention doivent participer à une séance de counselling et d'évaluation. Notre psychologue rencontrera la mère porteuse (et son conjoint s'il y a lieu) pour explorer les sentiments d'attachement pour le bébé, sa relation avec le ou les parents d'intention et les effets potentiels de la grossesse sur sa vie personelle : sa relation avec son conjoint, ses propres enfants, ses amis, sa famille et le reste de sa vie. Le ou les parents d'intention doivent rencontrer notre psychologue séparément discuter des questions comme la nature de leur relation avec la mère porteuse et les relations futures entre la mère porteuse et l'enfant. Une troisième consultation conjointe avec la mère porteuse et le ou les parents d'intention peut s'avérer nécessaire. » Tout ça en deux séances de « counselling ». On croit rêver. Ce paragraphe fait le constat de tous les enjeux sur les personnes concernées par cette transaction et en deux consultations, le centre va réussir à l'analyser et la rendre acceptable. Et nous sommes au Québec ! Qu'en est-il ailleurs ? Je consulte le site de « SUCCESS » : https://maternite-substitution.com qui se définit comme « la représentation internationale des cliniques de reproduction et de FIV, de la gestation pour autrui et du don à Chypre. » Les choses sont claires : nous sommes dans une entreprise qui s'adresse à des « clients », qui vous propose un label de qualité et une garantie de succès ! Les mères porteuses sont originaires de Bulgarie, Géorgie, Moldavie ou encore d'Ukraine ou de Turquie. Les clients sont ciblés en CEE, Russie ou Asie ou encore les Etats-Unis et les pays latino-américains. Jamais l'Afrique ou les pays arabes!!! Dans la rubrique «  SERVICES et TARIFS », il est clairement indiqué : « pour connaître les prix et les descriptions détaillées des forfaits, cliquez sur la catégorie qui vous intéresse. Nous offrons la possibilité de créer un package de services individuelles, en tenant compte de vos souhaits. ». Il y a même une catégorie VIP à  53250 €. Toutes les photos du site affichent des personnes blanches, que ce soit les clients ou le personnel ou les mères porteuses !!!! Enfin, chaque clinique « SUCCESS » fournit « sa propre base de données de mères porteuses et de donneurs d'ovules de différentes nationalités et de phénotypes à votre choix. » C'est quoi un phénotype ? Ce sont les caractéristiques d'un individu : couleurs cheveux, yeux, peau, type africain ou européen, sexe, etc. Les donneuses d'ovocytes publient leur photo dans un catalogue..... Le site s'adresse uniquement aux «client.es » et pas aux futures mères porteuses.

  CHILLA « si j'étais un homme ».

             Dans ces « usines à bébé » qu'on retrouve au Cambodge ou au Laos, les futures mères porteuses sont accueillies pendant la grossesse.  Le personnel est chargé de gérer le suivi en appliquant les desideratas des futurs parents « d'intention ». Les femmes n'ont aucune latitude pendant cette période et elles sont vraiment « des sacs à bébés », n'ayant pas leur mot à dire. Pour ces femmes issues de milieu pauvre, c'était un gros gain financier. mais à quel prix !!!! L'Inde a décidé d'encadrer la pratique de manière drastique en 2018. Confronté au problème du trafic de femmes auxquelles les couples stériles avaient recours, le champ de la GPA a été restreint à la famille élargie et la rémunération des mères porteuses est maintenant interdite. En février 2022,  les règles ont encore évolué pour autoriser la seule utilisation des gamètes pour des couples souffrant d'infertilité dans le cadre d'une GPA.

            Ces « mères porteuses » sont donc ultra-contrôlées pour pouvoir donner « des nouvelles » aux parents clients. D'ailleurs, elles ne sont jamais aussi bien suivies que pendant cette période. Avoir eu un enfant en bonne santé étant un critère quasi obligatoire pour postuler, elles peuvent comparer avec leur propre grossesse.... mais ces agences n'hésitent pas à séparer la mère de ses propres enfants pendant plusieurs mois !

            Elles sont prêtes à beaucoup car en Inde par exemple, quand elle était encore légale, la GPA était très mal vue par l'entourage et la mère porteuse quittait son domicile pour être accueillie dans la clinique où elle accoucherait ou envoyée à l'étranger, pendant plusieurs mois, à l'abri des regards et loin de sa famille !!!! L'accompagnement de ces femmes était essentiellement médical et orienté vers la satisfaction des « clients » et cessait dès l'accouchement terminé. Les conséquences personnelles pour la mère porteuse n'étaient pas prises en compte.

            Pour les donneuses d'ovocytes, nombre d'entre elles sont insidieusement poussées à donner leurs ovules, le don constituant une première étape qui permet de tester leur tolérance aux procédures médicales avant de passer à la gestation pour autrui. Les risques médicaux sont élevés : hyperstimulation ovarienne, ponctions chirurgicales, complications non prises en charge, abandon médical après le prélèvement...

            La période COVID a été une véritable catastrophe pour les enfants nés à St Petersbourg, par exemple, bloqués par la pandémie. Ils n'ont pu être réceptionnés par les parents biologiques, souvent chinois, n'ayant pu avoir de visa. Des pouponnières et des « appartements à bébé » appelés « tanières » ont été organisés à la hâte et les soupçons de trafic humain pour dons d'organe ont bientôt obligé les autorités russes à contrôler ces lieux.

            Et aux Etats-Unis ? En décembre dernier, le journal Wall Street Journal a publié l' information émanant du tribunal de Los Angeles ; son service des affaires familiales a découvert qu'un ressortissant chinois, Xu Bo, homme milliardaire spécialisé dans les jeux  vidéos en Chine, avait procréé d'au moins 20 enfants via la GPA aux USA. Son objectif : créer une dynastie qui assurerait la pérénnité de son entreprise. Il venait au tribunal pour faire valider ses droits parentaux sur ces enfants qui seront sino-américains. Après enquête, ce serait autour de cent enfants que cet homme aurait procrés, « grâce à de nombreuses années d'effort par le biais de la GPA aux Etats-Unis ». Il a ajouté qu'il préférait les garçons plus intelligents que les filles. L'engouement de ce phénomène de GPA aux USA par les chinois depuis plusieurs années s'explique par le fait que la Chine est sortie récemment de sa politique de l'enfant unique dans laquelle les enfants, nés américains, n'étaient pas comptabilisés. Wang Huiwu, autre ultra-riche chinos, a, de son côté, engagé des mannequins diplômées, comme donneuses d'ovocytes pour avoir dix filles dans l'espoir de les marier un  jour à des hommes puissants. Des profils plus classiques viennent aussi aux USA, inspirés par le modèle de Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, qui à ce jour, a reconnu 14 enfants. Certaines entreprises américaines assurent avoir reçu des demandes pour plus de cent enfants pour un seul et même couple. Si la majorité, voire la totalité disent refuser, rien n'empêche les couples de contacter plusieurs agences différentes afin de multiplier leurs chances. La loi américaine ne permet pas de savoir si leurs clients font plusieurs dossiers !!!!! En résumé, de 2014 à 2019, 40 % des procédures enregistrées l'étaient pour des parents étrangers.

    En Espagne, la GPA est interdite. Problème ? en 2023, une actrice de 68 ans est partie en Floride et est revenue avec un bébé dans les bras !!!! Des personnes célèbres ont eu recours à la GPA et ont fortement influé sur son développement international.

            . Depuis 2024,  la GPA est considérée comme un délit universel par l'Italie qui interdit la pratique en Italie comme à l'étranger avec peine de prison et amende à la clef !!!! On se réjouit de cette décision radicale. On comprend cependant aussi que dans ce pays géré par l'extrême droite, cette mesure est aussi orientée contre la communauté homosexuelle, que le bien de l'enfant et de la mère porteuse dans l'histoire n'est pas le premier objectif, ce détournement de sens est profondément malhonnête !!!! Le Washington Post décrit d'ailleurs le durcissement de la loi proposé par l'administration Trump : l'interdiction de la GPA aux USA pour certains ressortissants étrangers dont les chinois !!!!!

            Dans un rapport présenté le 14 juillet 2025, l'assemblée générale des Nations Unies, la rapporteuse spéciale de l'ONU sur la violence contre les femmes et les filles, ses causes et ses conséquences, Reem Alsalem, a fermement condamné la pratique de la gestation pour autrui, dont elle plaide pour l'abolition internationale. Le rapport explique : « la GPA se caractérise par de l'exploitation et de la violence à l'égard des femmes et des enfants, y compris les filles. Elle renforce les normes patriarcales en traitant le corps des femmes comme une marchandise et un objet, et en exposant les mères porteuses et les enfants à de graves violations des droits humains. » Il précise par exemple que « la séparation programmée est particulièrement problématique au vu de l'importance que l'établissement d'un lien avec la mère pendant la grossesse revêt pour le développement mental et émotionnel de l'enfant. »

            Cette décision me paraît essentielle et j'espère qu'elle va permettre aux états ou aux élites politiques concernées de réagir. La communauté gay fait du lobbying considérant que si les femmes lesbiennes peuvent résoudre leurs désirs d'enfant, elle peut recourir à la GPA. Cependant, il n'existe pas de « droit à l'enfant » et aucun état ne peut le défendre. Et force est de constater que la GPA n'est absolument pas la bonne réponse. Je terminerai en citant Gisèle Halimi qui disait dans le début des années 80 : « Donner la vie est une liberté (…) qui ne peut être réduite à cette espèce de commercialisation. On voit même (….) des points communs , entre la prostitution, qui, au fond, comercialise le sexe de la femme, et cette espèce de location de ventre qui fait de la femme une bête de reproduction, un réceptacle. »

            Cinquante ans plus tard, ces mots sont toujours d'actualité.

CIAMS




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