Tribune Libre : MAYOTTE, entre droit coutumier et cadre républicain, les droits des femmes 20 MAI 2026
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MAYOTTE, entre droit coutumier et cadre républicain, les droits des femmes
À l'occasion
du 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes, le théâtre Le
Chevalet de Noyon a programmé un spectacle, «ELLES AVANT NOUS » proposé
par la compagnie du Grenier Neuf, en partenariat avec les NoyonELLES,
association locale pour les droits des femmes. Trois jeunes femmes, Anzmat AHMADI, Nawoil SAID MOULIDI, Anturia SOILIHI sont comoriennes et
mahoraise. Elles racontent leur vie, leur histoire, le poids de la tradition
avec un T majuscule tant elle est présente, pressante, oppressante, leur
identité française puisque Mayotte est le 101ème département français depuis
2011.
Tant de choses encore qui m'ont touchée, fait entrevoir une communauté attachée aux valeurs ancestrales et à l'ouverture que représente pour elles le fait d'être françaises. Bref, un monde passionnant et compliqué. Et l'application des droits acquis durement en France par les femmes ? Il faut savoir que ce département est à 98% musulman et que la loi ne s'applique pas tout à fait comme en « métrop » comme elles disent !
De quoi parlent-elles ? De la famille tout d'abord. La famille au sens large puisque elle englobe les parents, les cousins et cousines, les oncles, tantes, voisins et voisines et au final tout le quartier ou le village. La respectabilité a une place terrible et les mères élèvent leur fille en fonction du « qu'en dira-t-on ». La tradition a donc une place centrale et les filles sont encouragées à penser « mariage » dès leur plus jeune âge. Les mariages sont souvent « arrangés » et la fille subit une pression incroyable pour accepter la décision familiale. La cérémonie du mariage ou manzaraka est une fête qui invite toute la famille, donc les parents, les cousins/cousines, les oncles et tantes, les voisins/voisines et au final tout le quartier ou le village. Il coûte très cher et les familles s'endettent car la famille de la fille doit aussi payer la dot. Et puis on parle enfant. Celui que le couple doit avoir rapidement mais on sent que les filles ont des réticences maintenant à envisager la maternité car leur souhait n'est pas obligatoirement de rester au foyer ; elles veulent travailler, voire faire des études. Comme à Mayotte, le cursus s'arrête au bac, cela veut dire obligatoirement aller en France. Parcours obligé mais accepté par ces jeunes qui ont envie justement de quitter un milieu par trop étouffant même si, à priori, elles savent qu'elles reviendront dans leur île sitôt les étude terminées. Ceci dit, les trois nanas ne sont pas reparties. Et elles font ce qu'elles aiment à savoir du théâtre, ce qui est certainement pas la majorité. Elles ont fait un choix qu'elles n'auraient jamais pu envisager sur leur île, face à l'incompréhension de leur famille. Elles ont aussi pris du recul par rapport à la religion qui a une place majeure chez elles. Elle régente encore beaucoup de domaines et instille le droit coutumier. Elles expliquent d'ailleurs que leur souhait est de concilier les deux. Le choc de se retrouver dans un pays si différent est brutal mais leur nationalité est un facteur de volonté de s'intégrer à ce monde pour vivre leur vie comme elles en ont envie. Car leur objectif absolu est d'être indépendante financièrement de leur famille, de leur mari et pour cela, il faut avoir un métier. Disons que la première chose est de savoir le français, ce qui n'est pas une évidence sur l'île : les femmes ont des enfants jeunes, beaucoup d'enfants et beaucoup d'entre elles quittent l'école sans savoir parler et écrire le français. Elles sont obligées d'abandonner ces rêves qui les hantent pour s'occuper des frères et sœurs ou de leurs enfants.
Ces jeunes femmes sont au carrefour de changements en profondeur sur le plan de leurs droits : jusqu'en 2011, année où l'île est devenue un département français, le droit coutumier régissait en grande partie la vie quotidienne : le « cadi » gérait les mariages, les divorces et la vie quotidienne. La loi de 1905 sur la laïcité ne s'est jamais appliquée à Mayotte. Maintenant, le droit français prend de plus en plus de place et a une incidence directe sur la vie des femmes : la polygamie a été interdite en 2010, l'âge du mariage des femmes a été porté à 18 ans pour réduire les grossesses précoces, …. Mais l'influence de la religion et des traditions reste un frein à l'application des lois et à ce jour, les droits des femmes mahoraises restent très inférieurs à ceux des femmes de la métropole. Le droit à « l'intimité personnelle » inclut la liberté sexuelle. À Mayotte, du fait de la religion, la sexualité est taboue même si les mœurs ont évolué. Elément de la vie privée, la liberté sexuelle se traduit par le consentement de l'individue à l'acte sexuel et la contraception. Toutefois cette liberté n'est pas assumée vu le nombre de grossesses précoces, le recours important à la contraception d'urgence et aux IVG sans oublier le fort taux de natalité. En France, les femmes peuvent travailler sans l'accord de leur mari depuis 1965. A Mayotte, ce droit sera reconnu en 2001 !
Nous allons faire une pause
musicale avec un chant spécifique des femmes mahoraises, : le debaa.
J'en profite pour mettre l'accent sur le fait que ce chant est exclusivement féminin. Il vient s'ajouter au nüshu, langue chinoise, au wax, tissu africain que j'ai découverts avec vous et qui sont des créations exclusivement féminines.
Un autre fait pèse beaucoup sur la vie des habitantes et des habitants de cette île qui fait partie de l'archipel des Comores. Elle a été achetée en 1841 par la France, a choisi de rester française en 1974 lors d'un référendum, contrairement aux trois autres îles comoriennes devenues indépendantes. Mayotte étant française, son niveau de vie est très supérieur à celui des Comores. Nombreuses et nombreux sont les comoriennes et les comoriens qui choisissent d'aller vivre à Mayotte. Les comoriens sont ainsi les sans-papiers de Mayotte et leur nombre influe beaucoup sur la vie des locaux. D'ailleurs, deux des trois actrices sont comoriennes. Les liens tissés entre ces îles font que les familles sont éparpillées dans ces archipels. Leur crainte aussi est que l'islam pratiqué dans les Comores, beaucoup plus rigoriste que celui de Mayotte influe la vie quotidienne des mahoraises et mahorais. Et l'afflux de ces migrants en grand nombre a des répercussions sur la vie quotidienne de l'île. En terme de population, celle-ci est passé de 45 000 personnes en 2011 à environ 329 000 en 2025.
Je vais vous lire un extrait tiré
d'un rapport du préfet de Mayotte écrit en 2022. Il permet donc de constater
que l'Etat a bien connaissance de la situation dans l'île mais en 2026, les
choses n'ont pas beaucoup changé : « L’objectif 5 de
développement durable des Nations unies consiste à « parvenir à l’égalité
des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ». L’atteinte de
cet objectif passe notamment par la lutte contre les discriminations et contre
les violences faites aux femmes, l’accès des femmes à des fonctions de direction
et de décision et l’accès universel aux droits sexuels et reproductifs. Cela
suppose la mise en œuvre d’une politique en faveur de l’égalité des chances
entre les femmes et les hommes, qui doit leur permettre de bénéficier des mêmes
conditions pour accéder de manière équivalente à l’école, au marché de
l’emploi, aux responsabilités politiques, etc. À Mayotte, cette politique
d’égalité entre les femmes et les hommes s’applique dans un contexte présentant
de multiples spécificités socio-culturelles. Ainsi, la société mahoraise
traditionnelle se caractérise-t-elle par une organisation originale, dite
matrilocale ou matrilinéaire (et non matriarcale). La tradition veut notamment
que l’époux vienne habiter dans la famille de l’épouse, et c’est elle qui hérite
de l’habitation familiale. Les femmes occupent de fait un rôle important dans
le foyer et assument de lourdes charges domestiques et familiales, souvent à un
très jeune âge. ».
Les projecteurs ont été fixés sur Mayotte en décembre 2024 au moment des conséquences dramatiques des cyclone Chido puis Dikeledi en janvier 2025. Et puis plus rien..... Pourtant, les inégalités femmes/hommes restent massives. Elles se traduisent par un quart des femmes de 20 à 54 ans qui sont seules et en grande précarité. La violence domestique est un problème majeur. Le nombre de familles nombreuses est très important et ces sont les femmes qui élèvent les enfants. La vie de couple commence tôt pour les filles mais se termine tôt et il existe un grand écart d'âge (8 ans environ) dans le couple. Le mariage reste la norme mais dans la grande majorité des cas, il est coutumier et peu de mariages sont officialisés devant le maire. Les mères solo sont donc nombreuses, et plus de neuf sur dix d’entre elles vivent dans une grande précarité. Par ailleurs, les jeunes femmes nées à Mayotte rattrapent leur retard en matière de scolarisation : leur niveau de formation est plus élevé que celui de leurs aînées, et elles sont désormais plus diplômées que les jeunes hommes natifs. Mais ce n’est pas le cas des jeunes femmes nées à l’étranger, encore peu diplômées. Malgré des progrès notables, les femmes accèdent encore peu à l’emploi : en 2019, seules 27 % de celles de 15 à 64 ans en ont un. Ce taux d’emploi est deux fois plus faible que celui des femmes vivant dans l’Hexagone, et 1,5 fois plus faible que celui des hommes résidant à Mayotte. Avec 4,6 enfants par femme en 2019, la fécondité est à Mayotte la plus élevée de France. La santé des femmes est fragile, avec un faible accès aux soins et très peu d’activité physique régulière. Les violences qu’elles subissent sont presque deux fois plus fréquentes que dans l’Hexagone et les deux tiers des habitantes éprouvent un sentiment d’insécurité à leur domicile ou dans leur village. La danse et le chant, au travers du debaa ou du m’biwi, occupent une place importante dans les activités culturelles des femmes vivant à Mayotte qui restent beaucoup au foyer. Le debaa est un art exclusivement féminin, chant de piété musulmane à travers la pratique soufie, qui est aussi pratiquée dans les mariages et les fêtes de village.
Ces quelques
éléments permettent de tracer le portrait de la société mahoraise avec le
prisme des femmes et de visibiliser les domaines d'intervention
indispensables pour améliorer les choses. La société mahoraise est très
traditionnelle, axée autour de la religion et des traditions qui pénalisent les
femmes dans l'acquisition de l'égalité avec les hommes. Les différences
multiples constatées au travers le vote des lois françaises qui souvent
excluent Mayotte posent problème et il est indispensables que la
départementalisation acquise en 2011 permette déjà de rattraper le retard mais aussi soit un outil majeur pour réaliser
d'autres progrès. Depuis le 1er mai 2026, la charte européenne s'applique aux
outre-mer dont Mayotte. Cela concerne trois millions de personnes qui devraient
bénéficier des mêmes droits que ceux de la métropole pour les droits essentiels
du quotidien : travail, santé, logement, protection sociale, accompagnement
des personnes les plus vulnérables... Et dans ces domaines, ce sont les femmes
les plus concernées.
Que l'on
parle de Mayotte non plus au seul travers de l'immigration comorienne mais des
changements constatés dans le registre F/H. L'imbrigation de ces deux questions
relève du défi majeur !!!!!
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