MARJANE SATRAPI (1969, Racht - 2026, Paris )

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« La liberté, c’est comme l’oxygène : on ne la voit pas, mais sans elle, on meurt. »

Une citation de

MARJANE SATRAPI   (1969, Racht - 2026, Paris ) Artiste, réalisatrice, féministe et autrice franco-iranienne, Marjane est une figure incontournable de la bande dessinée et du cinéma et aussi une défenseuse acharnée des droits humains.

INTRODUCTION — Aéroport de Roissy, automne 1994

Roissy, automne 1994. Une femme de vingt-cinq ans, manteau noir, cigarette à la main, descend d’un avion. Dans sa valise : des carnets de croquis, des souvenirs de Téhéran, et la détermination farouche de ne plus jamais se taire. Derrière elle, une enfance sous les bombes, une révolution qui lui a volé sa jeunesse. Devant elle, une vie à reconstruire.

Avec Persepolis, elle raconte à hauteur d’enfant une société basculant sous la théocratie. Marraine de la FIDH depuis 2001, elle n’a jamais ménagé sa voix pour les femmes iraniennes, jusqu’à refuser récemment la Légion d’honneur.

Aujourd’hui, je vais vous raconter le portrait d’une femme qui a transformé sa douleur en art, son exil en force, et son silence en cri universel.

PARTIE 1 — L’ENFANCE SOUS LES BOMBES ET LES INTERDITS

Marjane Satrapi naît en 1969 à Racht, dans une famille d’intellectuels progressistes. Son père est ingénieur, sa mère styliste et féministe. Mais c’est sa grand-mère, libre, drôle, rebelle, qui forge sa personnalité. Elle lui fait découvrir le cinéma, Buñuel, Visconti. Et elle lui transmet une leçon qu’elle n’oubliera jamais :

« Il y aura toujours des mauvaises personnes autour de toi — mais ne trahis jamais qui tu es. »

Marjane grandit dans un Iran en ébullition. En 1979, la révolution islamique éclate. Le Shah est renversé, les mollahs prennent le pouvoir. Et soudain, tout bascule. À dix ans, elle doit porter le voile à l’école. Cette scène, Satrapi la raconte dans Persepolis, voici l’esprit de ce moment, tel qu’il apparaît dans l’œuvre :

« Le lendemain, à l’école, on nous a dit qu’il fallait mettre le voile. Toutes les filles se sont regardées, stupéfaites. J’ai protesté : on n’est pas en âge de se marier ! On m’a répondu que ça n’avait rien à voir. Que c’était pour notre bien. Ce jour-là, j’ai compris que quelque chose avait changé. Pour toujours. »

Révolte, humour, lucidité, c’est toute l’essence de Marjane. Elle ne se résigne pas. Elle résiste.

Et cette résistance, elle la paiera cher. Son oncle Anouche, communiste, est exécuté. La guerre contre l’Irak éclate. Les livres, la musique, les vêtements sont censurés. Mais Marjane contourne les interdits : elle écoute du rock en cachette, porte des chaussettes rouges, interdites parce que trop excitantes et danse jusqu’à l’aube dans des fêtes clandestines. Parce que, comme elle le dira :

« Sous une dictature, le rire, c’est notre arme. »

En 1984, à quatorze ans, ses parents prennent une décision déchirante : l’envoyer seule en Autriche, dans un lycée français. Elle atterrit à Vienne avec une valise, un français approximatif et une rage intacte.

PARTIE 2 — PERSEPOLIS, OU COMMENT CHANGER LE REGARD DU MONDE

De retour en Iran après son bac, Marjane étudie les beaux-arts à Téhéran. Mais la censure est omniprésente : les modèles posent en tchador, les nus sont interdits. En 1994, elle part pour la France, direction Strasbourg, puis Paris, où elle intègre l’Atelier des Vosges, un collectif d’auteurs de BD.

Un jour, lassés de l’entendre raconter ses histoires d’Iran, ses amis lui lancent :

« Et si tu en faisais une BD ? »

Elle se met au travail. En 2000, sort le premier tome de Persepolis, son roman graphique culte. Le succès est immédiat : deux millions d’exemplaires, quarante langues, et en 2007, un film d’animation qui remporte le Prix du Jury à Cannes.

Pourquoi un tel retentissement ? Parce qu’avec son trait épuré en noir et blanc, Satrapi réussit une prouesse : transformer l’histoire complexe de l’Iran en un récit intime et universel. Elle montre la condition des femmes sous la théocratie, le voile imposé, les interdits absurdes, mais aussi leur résistance au quotidien. Elle décrit l’éducation comme arme, comme sa mère qui lui disait :

« Plus tu sauras de choses, mieux tu pourras t’en sortir. »

Elle montre que l’humour est un outil de survie :

« Sans humour, on ne peut pas vivre sous une dictature. »

Et l’exil un déchirement :

« Quitter l’Iran, c’était arracher un morceau de moi. Mais rester, c’était mourir à petit feu. »

Pourtant, avec le recul, l’œuvre invite à une réflexion plus nuancée. Certains critiques soulignent que Persepolis, reçu en Occident comme un témoignage universel, reflète avant tout le regard d’une élite intellectuelle laïque, occultant d’autres réalités iraniennes et confortant nos propres préjugés. Aucun récit n’est neutre. Raconter l’exil, c’est toujours choisir une perspective.

C’est précisément cette tension, entre vérité vécue et regard extérieur, qui fait toute la richesse de l’œuvre, vingt ans après.

AUDIO : 02 - Barayé  Clip de soutien au soulèvement iranien réalisé par Marjane Satrapi 2mn43

PARTIE 3 — UNE ARTISTE PROTÉIFORME ET ENGAGÉE

Marjane Satrapi, c’est une artiste caméléon. Elle passe de la bande dessinée au cinéma, de la peinture à l’activisme, avec une seule règle : ne jamais se laisser enfermer.

« En France, on vous met dans des cases. On me proposait toujours des trucs sur l’Iran. Moi, je veux faire des films qui me ressemblent. »

Au cinéma, après Persepolis, un film d’animation en noir et blanc,  elle réalise Poulet aux prunes, fable poétique sur l’Iran des années 1950, puis The Voices avec Ryan Reynolds, et Radioactive en 2019, où elle donne vie à Marie Curie, une femme qui, comme elle, a dû bousculer les préjugés pour exister.

Pourquoi Marie Curie ?

« Ma mère me disait : ‘Tu peux devenir une Marie Curie ou une Simone de Beauvoir.’ Marie Curie, c’était une féministe par l’action : elle n’a pas écrit de manifestes, elle a changé le monde par la science. Et elle l’a fait mieux que les hommes autour d’elle. »

En peinture, elle n’expose que des femmes.

« Je ne peins que des femmes. Parce qu’elles sont plus belles que les hommes. Et parce que ce sont elles qui m’ont appris à me battre. »

Son féminisme, elle le dit elle-même, n’est pas celui des grands discours. Dans Persepolis, la résistance passe par des micro-gestes : cacher un disque de rock sous sa veste, porter du vernis sous des gants. Des actes anodins en apparence, révolutionnaires dans l’Iran post-révolutionnaire. Et derrière ces gestes, les femmes de sa famille : sa grand-mère, sa mère. Pas des victimes. Des guerrières discrètes.

« Peu importe à quel point ils me contrôlaient, ils ne pouvaient pas pénétrer mes pensées. L’autodétermination nous appartient. »

En 2023, elle rassemble dix-sept artistes et experts dans Femme, Vie, Liberté, un livre-acte né du soulèvement iranien après l’assassinat de Mahsa Jina Amini, pour avoir mal porté son voile. Pour la première fois dans l’histoire, une révolution féministe éclate en Iran, soutenue par les hommes. On y voit le portrait de Mahsa Amini, cheveux rouges au vent. Une femme jetant son voile dans un feu. Et malgré 551 morts, 22 000 arrestations, une répression féroce : l’espoir.

« L’inquiétude est majeure à court terme, mais nous avons la certitude que l’avenir de l’Iran sera libre. »

Son humour, lui, reste son arme secrète. Quand on lui demande si une femme fait de meilleurs films sur les femmes, elle répond :

« La littérature n’a pas de genre. Il en va de même pour le génie. Flaubert a écrit Madame Bovary — et pourtant, c’était un homme célibataire ! »

Et sur le féminisme :

« Si je montre que je sais aussi bien faire, mieux faire qu’un homme : j’ai déjà gagné. »

PARTIE 4 — L’AMOUR, LA PERTE, ET LA FIN D’UNE LÉGENDE

Marjane Satrapi, c’était aussi une femme amoureuse. En 1996, elle rencontre Mattias Ripa, producteur et acteur suédois. C’est le coup de foudre. Ils se marient, vivent à Paris, construisent tout ensemble. Elle dira

« On était deux étrangers, parachutés à Paris. On s’est trouvés, on s’est construits ensemble. »

Mais en avril 2025, Mattias meurt. Marjane s’effondre. Selon ses proches, elle aurait passé dix jours dans un état de prostration totale, et confié :

« J’étais déjà morte à ce moment-là. »

Un an plus tard, le 4 juin 2026, Marjane Satrapi meurt à son tour, à 56 ans. Son dernier message sur Instagram :

« I lost the love of my life. J’ai perdu l’amour de ma vie.»

Son entourage dira simplement qu’elle est morte de tristesse.

CONCLUSION — UNE FEMME QUI INCARNE LA LIBERTÉ

Marjane Satrapi, c’est l’histoire d’une femme qui a choisi sa vie. Qui a refusé les cases, défié les interdits, et donné une voix à celles et ceux qu’on voulait faire taire.

Mais son héritage, lui,   ne mourra jamais  . Parce que Marjane Satrapi, c’était une pionnière : la première femme iranienne à percer dans la BD et le cinéma. Elle était féministe : pas dans les discours mais dans les actes.Elle a montré que   les femmes pouvaient être fortes, drôles, et libres. Elle était résistante : jamais elle n’a baissé la tête, ni devant les mollahs, ni devant l’hypocrisie occidentale. Et elle était artiste, une de celles qui changent vraiment notre regard sur le monde.

Si on devait retenir une seule leçon d’elle, ce serait peut-être celle-ci :

« L’autodétermination nous appartient. Tout le monde a le choix. »

Son œuvre, elle, continue de parler. Persepolis se lit encore dans les lycées du monde entier. Les femmes iraniennes scandent toujours Femme, Vie, Liberté. Et quelque part, une jeune fille ouvre une BD en noir et blanc et comprend qu’elle a le droit d’exister.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez parler de résistance, de liberté, ou de féminisme…

Pensez à Marjane Satrapi.

Parce qu’elle, elle a vécu ses convictions jusqu’au bout.

Et comme elle le disait :    « Punk is not dead. Le punk n’est pas mort ! »

AUDIO : 03 - FEMME, VIE, LIBERTÉ - Version français de BARAYE 3mn28





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