Tribune Libre : Football, sport masculiniste

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Football, sport masculiniste

            2026, année de la coupe mondiale de football aux Etats Unis de Trump. Le soccer, mot américain du football, très pratiqué là-bas notamment par les femmes, n'a pas cependant pas la même popularité que le football américain, qui a d'autres règles, ou encore le base-ball. Par contre, il est international dans ce qu'il a de virilisme, l'entre-soi masculin, dans son incapacité à s'ouvrir plus vite aux femmes, à promouvoir des valeurs de combat, d'individualisme, de faire de l'argent à tout prix au détriment du sport populaire, pratiqué sur tous les continents...


          Le football reste un truc de mec : c'est un combat, un art de tactique et de défense qui ne donne pas facilement de place aux femmes. Ce sport est universel ; il se joue de la maternelle à la classe "vétérans", dans des terrains vagues, dans des zones de guerre, dans les cours de récré ou sur des pelouses synthétiques, dans des stades immenses comme dans les quartiers... et pourtant il semble que ce soit le sport qui résiste le plus à la participation des femmes. Les supporters, passionnés, sont essentiellement des... supporters. Les manifestations sont passionnées mais souvent ponctuées de propos racistes, homophobes et sexistes. C'est le sport où il y a le plus de violences physiques et verbales.

          À la télé qui est un vecteur essentiel pour la retransmission des matchs, les hommes vampirisent l'espace : terrain, public, staff, journalistes et les choses changent lentement avec le temps...

          Ce sport porte les valeurs que les hommes arborent en bandoulière au plus haut comme le courage, la fraternité, la combativité... Ils cultivent l'entre soi pendant des heures pour parler football et tolèrent mal une présence féminine. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui dénigrent ce sport au féminin malgré, de l'avis général, la meilleure qualité technique des joueuses sur un terrain. La mauvaise foi est aussi dans ce cas très masculine. Elles sont plus respectueuses des règles, moins de mauvais gestes, compensent la force physique par une meilleure technique. Elles pratiquent un sport moins pollué par les phénomènes de violences et d'argent, d'égo aussi ? Pourtant, elles évoluent sur des terrains taillés pour des hommes. On ne peut qu'encourager les innombrables équipes amateures de femmes, de queers, souvent les deux ensemble, qui fleurissent en Europe et dans le monde. Et leur audience augmente .

          La gente masculine a depuis des décennies construit une organisation aux mains des plus riches, une boîte à fric démentielle, corruption à tous les étages, une usine à rêves toxiques qui fait rêver des jeunes hommes prêts à tout pour devenir footballeur, gagner beaucoup, beaucoup d'argent, avoir les plus belles femmes du monde, toujours blanches,  blondes, taille mannequin.... Ce rêve pour les jeunes hommes du monde entier, la plupart bruns aux cheveux crépus est celui de la revanche. En France, tous les joueurs sont blacks, ce qui leur vaut d'ailleurs des torrents d'insultes. On est footeux de l'extrême gauche à l'extrême droite et les nuances se font au détriment des joueurs de couleur. Les équipes féminines sont plus mixtes, moins dans l'excès. Elles, elles doivent supporter le sexisme toujours teinté de mauvaise foi.

          La gloire, la fortune, le pouvoir sont des mantras capitalistes, des hochets agités à la figure de millions de jeunes hommes créant des frustrations énormes car ils seront peu d'élus à l'échelle de la planète... et à quel prix. On connait le traitement que reçoivent les candidats car ce milieu est impitoyable. Ils ne sont pas préparés à ce monde sans pitié dans lequel les plus forts écrasent les plus faibles, dans lequel les plus forts se retrouvent brutalement riches, célèbres, à la merci d'une blessure qui peut tout faire basculer et les renvoyer à leur première misère. Les valeurs du football sont bien loin, la solidarité entre joueurs, l'esprit d'équipe....Les jeux d'argent sont autorisés, ajoutant une pression dingue de la part des supporters. Les joueurs ne sont bientôt que des bêtes de course rentables.

           Les grandes figures du football sont starisées au maximum,  dans un contexte de la loi du plus fort. Même les championnes filles n'ont pas cette gloire. Elles existent à la marge, en arrière, au service de..., n'ayant aucune place en première ligne. D'ailleurs, si on questionne sur une grande figure féminine du football ? Heùùuuuuu. Marinette Pichon ? C'est qui ? Et pourtant, elle est plus titrée que M'bappé & Zidane à ce jour. Marinette : 112 sélections et 81 buts dans toute sa carrière. Kylian M'bappé 106 sélections et 66 buts à ce jour. Zidane : 108 sélections et 31 buts dans toute sa vie professionnelle.       

          La violence est un attribut masculin ; au foot, il s'agit de disqualifier l'adversaire : on demande sa mort, on l'humilie pour mettre en scène la victoire de l'autre, dans les tribunes comme sur le terrain ; « tu n'es pas un vrai homme ». à l'école primaire, la cour de récréation est transformée en terrain de foot, les garçons occupant le terrain, les filles restant au bord à regarder, à se prendre les ballons sur la tête. Dans le centres de formation, les garçons restent entre eux et se construit l'idée que l'amitié entre femmes et hommes est impossible. Cette violence est cultivée par les réseaux sociaux dans lesquels sévissent des influenceurs virilistes. Ils s'adressent à de jeunes hommes, les somment de suivre le modèle de la force physique et mentale à tout prix sous peine de sanctions sans appel : « tu est une femmelette, un pédé... »

          Le foot est le sport le plus violent car ses supporters sont violents et utilisent la violence comme manière de s'exprimer. Par ailleurs, le fait qu'il y ait moins de buts dans chaque match contrairement au rugby,  par exemple, crée une frustration encore plus forte qui s'exprime dans les gradins.     

          Pour ce mondial, on a compté 48 équipes et 1248 joueurs. Pas un seul est ouvertement gay. 83 rencontres de foot professionnel on donné lieu à des « attaques de convois de supporters » et à des chants discriminatoires, racistes, homophobes et sexistes.

Nous allons faire une pause musicale avec Barbara BUTCH, DJ avec « la noche vita » ; elle est lesbienne, grosse, juive et à ces titres, a été agressée cet été pour ce qu'elle est, par des militants de gauche.....

          Autre constat : une étude britannique de 2014 montre une augmentation des violences intrafamiliales les soirs de match du Mondial : + 38 % quand l'équipe perd, + 26 % quand l'équipe gagne.

          On peut entendre aussi les sorties sexistes de figures de foot, comme Florentino Pérez, président du Real Madrid et réélu à son poste.

          Béatrice Barbusse, sociologue du sport, pense que si les exemples de sexisme dans le foot semblent plus nombreux qu'ailleurs, c'est que ce sport est ultra médiatisé. « La puissance du foot donne à ses stars et leaders le sentiment qu'ils sont intouchables. Tout leur est permis. Le PSG gagne, ils sont reçus à l'Elysée. Le foot a pris une place dans l'économie que n'a aucun autre sport. Ce n'est plus un sport, c'est un divertissement. » Elle rappelle que le virilisme du foot est d'abord inscrit dans son histoire : »Le stade a longtemps été interdit aux femmes. Pendant des décennies, c'est un milieu qui n'a fonctionné qu'entre hommes et qui en a profité pour mettre en avant des valeurs extrêmement virilistes. C'est-à-dire une exaltation systématique de la force et de la domination sur l'autre, qui a développé de véritables boys clubs. » En 1881, le premier match de foot féminin est interrompu par des hommes qui envahissent le terrain. Le foot féminin est d'ailleurs interdit et il faudra attendre les années 1970 pour que la Fédération française de football autorise définitivement le foot pour les filles. Encore aujourd'hui, ce n'est pas toujours facile pour une femme de pratiquer ce sport.

         
          Pourtant, les femmes osent y croire et se battre sur le terrain pour exister avec leurs talents et leurs pugnacité. Maintenant, il y a un mondial féminin, des heures de retransmission correctes à la télé, leurs salaires a augmenté. Ne riez pas tant l'écart entre la meilleure joueuse et le meilleur joueur est stratosphérique : deux millions de dollars par an pour la joueuse américaine Trinity Rodnam (soit 1,8 millions €) vs Cristiano Ronaldo avec
239 millions € par an.


          Parce non seulement, les femmes sont rares mais aussi quand elles essaient, elles ont droit aux préjugés sexistes, aux remarques lourdes, à la drague déplacée, aux moqueries, aux explications condescendantes comme si l'interlocutrice ne connait jamais rien au foot.... Du coup, il faut vraiment être passionnée pour supporter cet environnement et oser s'y impliquer. Et c'est là qu'on voit des différences. Par exemple, le Barça féminin compte 90 % de lesbiennes...Alors que les gays sont peu attirés par le foot et que le foot reste très homophobe.

          J'ai découvert des initiatives très intéressantes, malheureusement pas assez médiatisées. ONU FEMMES en 2023 : dans les Balkans occidentaux et en Turquie, des joueurs de football connus unissent leurs forces pour lutter contre la masculinité toxique et les violences faites aux femmes ; ils ont pris position contre les normes sociales qui perpétuent les inégalités et contribuent aux taux alarmants de violences à l'encontre des femmes. Dans une vidéo, ils partagent leurs idées sur la façon dont le respect, l'égalité et l'empathie sont essentiels pour favoriser une société dans laquelle les violences n'ont pas à leur place. Cette vidéo percutante s'inscrit dans le cadre plus large d'une campagne régionale intitulée « adopter une masculinité positive pour promouvoir l'égalité de genre et mettre fin aux violences à l'encontre des femmes. Montrez que vous êtes en première division. » 

Loric CANA (Albanie), Altay BAYINDIR (Turquie), Amir RRAHMANI (Kosovo), Edin DZEKO (Bosnie Herzégovine), Ilija NESTOROVSKI (Macédoine du Nord), Nemanja MATIC (Serbie) sont en première division.

Toute la planète foot doit monter en première division !!!

          Et puis ce film diffusé en 2025 : « le match du XXIème siècle ». La réalisatrice, Isabelle Curet, a mis en scène une expérience inédite de football mixte dans le club de Dijon qui a réuni dans chaque équipe du match joueurs et joueuses. Le film retrace la genèse de ce projet et jusqu'à la victoire des Rouges. C'était en mai 2025 au stade Gaston-Gérard.

          Mais l'essentiel était dans la réaction des professionnel.les, les dynamiques de jeu, comment les femmes ont réussi à s'intégrer dans un monde qui n'était pas forcément ravi de les accueillir. Toutes et tous se sont rendu.es compte par exemple que s'entraînant dans deux lieux distincts mais séparés d'une trentaine de mètres seulement, ielles ne se fréquentaient pas du tout, ne se connaissaient pas. L'expérience semble avoir été une réussite comme le prouvent les échanges qui ont eu lieu après le match aussi bien du côté des joueurs et joueuses que du public qui semblait conquis par la qualité du match. Isabelle a rencontré de nombreux freins et son film n'a pas eu la diffusion escomptée. Ce match du siècle est resté confidentiel et vous pouvez le découvrir sur YouTube avec un débat très intéressant organisé par l'Humanité qui accueille Isabelle.

            En résumé, le masculinisme est largement diffusé à travers le football. La marge de progression pour renverser la tendance est énorme. Des moments comme ceux-là sont fondamentaux pour que la planète foot monte en première division.

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